J’habite près d’un routier

routier2IMG_0032J’y pensais sous ma douche, tout à l’heure, en regardant la lumière rouge s’allumer. Bientôt Noël, bientôt le retour des repas de fin d’année chez le restaurant routier d’à côté.

Toute l’année, les voitures et surtout les camionnettes utilitaires arrivent pour leur ballet quotidien du repas du midi. Des hordes de travailleurs, peu de travailleuses ou juste quelques femmes dans un groupe de collègues d’une banque, d’une concession ou d’une petite étude qui décident de se faire un resto le midi. La plupart en tenue de travail, les salopettes et bleus de travail, souvent gris, ceux de la pénitentiaire et même des bétaillères. L’heure de la pause, du buffet d’entrées froides, du couscous ou du jarret frites, de l’assiette de fromage ou du café, pressé par le temps.

Pour l’heure, il est 7 heures du mat et les néons rouges s’allument. Premiers cafés dans le matin brun. Les idées noires de la nuit sont vite chassées, les soucis de la journée peuvent commencer. Carnet de commandes en poche, sauter dans le camion et s’en aller vers le chantier, avant de revenir déjeuner ce midi avec les gars. Croiser cet inconnu au visage bourru, qui termine son thermos assis dans son camion. Lui va parcourir les petites routes de campagne pour se garer sur les plateaux des hangars à bestiaux.

Usine à cochons invisibles et grognons, lignes de froid, lignes de vies sordides avant l’abattoir. Le long de la ferme, un bac d’équarrissage attends les cadavres des bêtes, mortes avant d’arriver à la fin du parcours. Triste dessein au détour d’un chemin. Repartir, mettre les gaz. Vite, atteindre midi. Le restaurant ouvrier. Les néons rouges. La vie bleue au travers les vitres, la buée qui se colle aux carreaux et sur laquelle personne ne dessine.

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Le buffet d’entrées enfin. Les pieds de veau sauce gribiche du mercredi, c’est bon et ça envoie des tas de petits nuages de fumée au dessus de l’assiette. Est-ce que le visage bourru se mêle aux autres visages, rougis par un lavage du dos de la main dans les toilettes ? Est-ce que son regard croise celui des employés du garage venus à 20 fêter la fin d’année ? Car c’est bientôt Noël, le repas des collègues, qui viendront avec leurs épouses, qui dans ma tête s’appellent Odette ou Bernadette et sont contentes d’aller au restau avec leurs hommes. Sur le parking ces jours-là, c’est pas l’ambiance de d’habitude. Les portes claquent sur des rires appuyés, y’a Momo qui blague, et on ouvre à nouveau la portière pour sortir une dernière connerie. Celle qui fera rire Odette, plus fort encore que tout à l’heure. Certes, le vin rosé servi avec le rôti délie les rires, mais il est trop drôle quand même Momo. Même que l’autre midi, il a fait sourire visage bourru. Alors tu vois….

Décembre 2017

2 réflexions au sujet de « J’habite près d’un routier »

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