La mauvaise voie

bonne_voieC’était un vendredi soir. Après un début de semaine mouvementé, déjà dû à la SNCF, je m’apprêtait à clôturer ma semaine d’âpre labeur par un retour au bercail bien mérité. Pis j’avais mal à la tête, j’étais fatiguée et je devais effectuer quelques modiques courses à mon arrivée. Alors je suis partie du travail pour rejoindre la rue de la Gare, sa douce montée et sa pluie assez fine pour être supportable. A mon arrivée, régnait une ambiance inhabituelle. Comme un petit air de départ en voyage, un aller un peu plus loin que Rennes ou Brest, l’aventure au long cours. Dans la chaleur de la salle d’attente, les sacs à dos colorés étaient légions, les rires s’affairaient autour du distributeur de friandises et je flânait un peu dans la salle des pas perdus. J’étais en avance, mon train était annoncé voie A, celle juste de l’autre côté de la vitre. J’étais assurée de bientôt retrouver les sièges bleutés du TER de 18h07. Je décidais d’attendre à l’extérieur, alors que la voie A était encore déserte, adossée le long d’un poteau, à regarder le paysage ocre , blanc et nuit de la gare. Face à moi, un train était en attente, de l’autre côté des voies. Peu à peu, les groupes de voyageurs quittaient la gare et rejoignaient le quai, les yeux rivés sur le panneau d’affichage. Voie A. Et l’horloge. 18h05. Toujours pas de train, un peu bizarre, mais l’ambiance était à la confiance détendue, aux dernières recommandations de la maman à sa fille qui partait pour Lyon, à une dernière torture du distributeur de bonbecs ou au baiser des amoureux qui se quittent le temps des fêtes.

De ma place, j’observais ce petit monde, j’observais aussi les contrôleurs qui s’affairaient tranquillement dans leur local. Tout à coup, l’un deux, un grand échalas aux cheveux grisonnants et un peu fous, sifflet et talkiewalkie en main a surgit du local et nous a lancé d’un ton mou où fleurait l’urgence « Pour l’omnibus de Rennes, c’est voie D en fait ! » . Panique à bord du quai… tandis que Grand Échalas tentait vainement d’appeler avec son takie le conducteur du train voie D qui s’élançait… sans nous. La petite foule de l’omnibus vers Rennes se dirigeait lentement vers les souterrains. Presque joyeusement à vrai dire. Un homme d’une cinquantaine d’année à lancé « Il va nous attendre de toutes façons ! ». Optimiste va. Puis, voyant que le conducteur du TER ne s’arrêterait plus, nous sommes tous revenus sur le quai, et nous avons retrouvé le contrôleur que ses collègues avaient rejoints, curieusement. Agglutinés autour de lui, encore stupéfaits par cette mésaventure, nous avons alpagué Grand Echalas « Euh, il est pas parti là ? C’est une blague ? »  « Il était annoncé voie A ! » Quelqu’un a même lancé timidement « Il va revenir non ? ». A l’air du contrôleur et de ses potes, on a vite compris que non, il ne reviendrait pas, et que pour nous, cela signifiait qu’on allait rester là à attendre une heure de plus.  « Mais c’était annoncé voie A, c’est de votre faute ! » « Non mais grave, c’est n’importe quoi là ! » .

On sentait bien que Grand Echalas, il en avait vu d’autres, des voyageurs mécontents et exaspérés. On sentait bien que les critiques sur la SNCF, ben elles lui passaient au dessus du képi. « Putain, sont forts quand même ! Ils se sont plantés de quai ! La connerie ! ». Ma voisine de quai s’est avancée et m’a dit qu’elle aussi, devait descendre à la même gare que moi, et qu’elle avait peut-être une solution. Avec son portable, elle a composé un numéro, a raccroché et m’a lancé « ma belle-fille peut être là dans 20 minutes, on a une place pour vous si vous voulez ! ». Trop bien ! Un autre contrôleur, muni d’une feuille, faisait le tour des voyageurs et leur proposait une « solution » (qui souvent, était d’attendre le train suivant, heureusement, il restait le train omnibus de 19h07). Dépité, il a dit « Là, c’est clairement de notre faute ! ». Je l’ai trouvé bien lui. Après une petite dizaine de minutes, ma sauveuse m’a dit que la voiture allait arriver. Alors nous avons quitté nos collègues d’infortune, et pris la route, sous une pluie qui devenait de plus en plus forte.

Là-bas à la gare, la dame qui allait à Lyon aurait sa correspondance, la jeune fille qui allait à Montauban-de-Bretagne aurait droit à un arrêt rien que pour elle, et le type optimiste n’en revenait toujours pas :  le train avait quitté le quai sans lui, sans nous. Les yeux sur le panneau d’affichage, les voyageurs du quai A avaient eu l’information en avant-première par le contrôleur sympa « le train omnibus de 19h07 pour Rennes serait voie C ». Sauf erreur de leur part, bien entendu…

Décembre 2017

 

Entre ses mains

Ce midi là, on était à la cafet’ entre filles. Jean-Claude était rentré chez lui. Et puis, va savoir pourquoi, on s’est mise à parler de ma coiffeuse. « Quoi ! Elle s’en va ?!? » s’est exclamée Selma. Ben oui, je l’avais lu la veille sur Facebook. Caroline et Fanny ne la connaissait même pas. Mais nous, on a découvert qu’on avait en commun la même coiffeuse. Et Selma nous a raconté comment elle s’est retrouvée, alors qu’elle était en Bretagne depuis un mois, entre les mains de Gwendoline. Et voilà son histoire, racontée dans cette brève qui sent bon le shampoing à la vanille et vous donnera, c’est sûr, l’envie de pousser la porte de ce salon pas comme les autres 😉

Un passage à vide, une rue un peu vide, une entrée de parking. Un soir. Puis cette vitrine rose. Elle passe devant et sur un coup de tête, elle se décide, s’arrête et entre. Elle ose. Prendre soin d’elle, prendre un rendez-vous. De toutes façons, ce soir là, elle est à bout. Un mois qu’elle enchaîne heures de route, doutes et hostilités liées à son statut de « nouvelle ». Et puis, le lendemain au travail, personne ne lui dira « oh, mais tu es allée chez le coiffeur, ça te va bien ta nouvelle coupe ! ». Son amoureux, resté à Paris en attendant de trouver lui aussi un travail ici, ne pourra pas la voir tout de suite. Alors tant pis, elle s’installe sur le fauteuil, et s’en remet aux mains de la coiffeuse.

Une magie qui opère, du bout des doigts, de ces petits riens qui se tressent au fil de la conversation. Parler de ses envies du moment, de changement de tête ou de quelques coups de ciseaux par-ci, par-là. De petites bouclettes et de pinces charmantes dans les cheveux flous, de sa vie aussi, au détour d’une phrase anodine. De l’écoute, des rires et puis des sourires en boucle. Elle ressort pleine d’énergie avec ce sentiment que ça va aller. Enfin. Depuis, Selma a retrouvé son sourire, son amoureux et, si elle a changé de collègues entre-temps, elle garde comme précieux repère, ce petit salon aux allures de maison, ces moments juste à elle où elle se retrouve, comme au premier soir, entre ses mains.

Entre_ses_mains

Décembre 2017

Tropique du tique

IMG_2620C’est marrant comme les choses peuvent être imbriquées. Voire même flippant. Samedi, bringuebalant dans le jardin d’Olivier Bio, il se trouve que je me fis mordre par une tique. Dimanche, je m’aperçus de la chose : sur ma cuisse, une tique s’était incrustée. Ark, enfer et maladie de Lyme planaient sur moi désormais. Ainsi, la bête s’accrochait et je dû faire appel à une bonne âme pour me prêter un tire-tique (pour chat) et me débarrasser de l’insecte. Lundi, je déjeune à la cantine euh pardon, au restaurant inter-administratif (nommé aussi Ria, un peu comme à l’armée). Et lundi, c’était ce midi donc. Et ce midi, voilà-t-y pas qu’un collègue amène subrepticement la conversation, non pas sur les tiques, mais sur le yoga. Ben ouais, aucun rapport. Attends Odette, tu n’es pas au bout de ta faim. Car on parlait tranquille de nos week-end, des voyages et euh, de l’Inde et du yoga donc. Quand tout à coup, Jean-Claude posa ses couverts en croix et lança « le yoga, c’est un mode de vie… un peu tout le contraire de notre vie à nous quoi ! ».

Regards consternés sur nos frites, mayonnaise et moutarde trop piquante dixit Christine. L’apéro -les apéros- du week-end dans le rétro et tutti chianti. On avait tous envie d’échanger nos frites contre des haricots verts. Ben ouais, la liche et la frite, c’est mauvais. Mauvais comme une tique. Tu crois pas si bien dire Odette. Car Jean-Claude d’ajouter « et c’est comme ça que tu te retrouves chez le médecin pour un simple rhume et que tu en ressors avec un cancer. On t’annonce que t’as plus que six mois à vivre ». Et paf. Déjà que j’avais la flippe de la tique, voilà que maintenant, j’ai la panique du médecin. Imagine que tu y vas, histoire de te rassurer sur ta morsure de tique, et hop, il t’annonce les yeux baissés que tu es malade, qu’une sorte de petit crabe qui s’était invité chez toi et que ben voilà quoi… 

Car Jean-Claude l’a affirmé : non seulement ça arrive à plein de gens, et en plus, tu t’en rend même pas compte. Sauf à aller chez le médecin donc. Le truc banal et mortel à la fois. En sortant du restaurant inter-machin, j’étais toute chose. Je songeais à tous les abus, consommés et à venir, je songeais que je devais éviter d’attraper un rhume pour pas avoir le cafard, et que finalement, ce voyage en Inde, c’était pas une si mauvaise idée. Va savoir pourquoi Odette… Moi c’que j’en dis, c’est qu’il faut vivre sa vie tant que les tiques n’auront pas pris le pouvoir !

Brève de cantine

 

Le roi des scélérats

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Un rêve de gosse pour Bertrand Belin et ses musiciens : jouer à Art Rock. Fait !

C’est inhabituel, mais pour une fois, j’ai envie d’écrire sur un concert que j’ai vu dimanche. Alors j’ai bien en tête un truc du genre « les cinq raisons qui m’ont fait aimer ce concert » mais en fait, j’ai mille raisons d’avoir chaviré cet après-midi là. Art Rock, la Passerelle, Saint-Brieuc, chaleur enivrante et foule chanceuse d’être là, en plein jour à bientôt basculer comme un seul homme dans la rage énergique de Radio Elvis et dans la folie magnifique de Bertrand Belin. Comme j’ai mille raisons d’avoir aimé, je vais quand même faire pas trop long.

J’ai aimé l’énergie et le contrôle des trois Radio Elvis, accordés à nous faire chalouper, avec ces mots bien dosés ou cette reprise bien osée d’un titre de Bashung. Osez, usuriers… rien ne s’opposait ensuite à laisser place à un Bertrand Belin qui a osé nous embarquer dans sa folie, avec ses musiciens, totalement en phase, au service des délires de l’artiste. Délires, vous avez dit délires ?

Dès le début, le ton est donné, Belin cherche, montre du doigt, se sert de sa veste pour se cacher la tête et annonce la couleur « Je vois qu’on agite une main, quelqu’un, tiens, on vient ». Et puis non, il abandonne, esquisse une danse à la Elvis, folle, folle, folle, et nous parle de son réveil dans une chambre qui n’est pas la sienne. Un réveil étrange, un vomi (oui oui) qui l’amuse, les mots qui résonnent (ha oui, la région PACA, elle est bizarre), le vomi qui devient carte de France, qui dessine l’Angleterre même, un portable qui vibre dans le silence, entre deux morceaux, et le voilà qui s’amuse du mot « téléphone », comme ça, pour rien. Ou si c’est joué, c’est bien joué, rodé, osé. Bien sûr que c’est écrit, il est aussi écrivain. Mais ce qui m’a touché plus que tout, plus que cette musique, plus que la complicité entre les musiciens, plus que l’immense classe de Belin, c’est vraiment son talent à se mettre dans la peau du type qui dort dans un hall de banque, sur un carton, un carton tout neuf, et faut pas le faire chier. Il y a chez lui cette violence brute, cette incarnation éphémère et sincère, ces coups portés par des mains imbéciles, la lutte pour sa place, même si on ne peut plus faire l’altesse.

Cet instant où on est sûr de reconnaître quelqu’un, de connaître son dos, par cœur et où l’on réalise que ce n’est même pas lui. Belin, en parlant « en fou », arrive à nous emmener là où peu d’artistes finalement s’y frottent : la folie qui se glisse dans le quotidien, ces moments où tout bascule, l’air de rien. Ces moments où rien ne s’oppose à l’hyper-nuit.

Sur le fil du rasoir, tout en finesse et drôlerie, il nous entraîne dans cet univers grisé où les nuits peuvent aussi être magiques et où les mots subliment le quotidien. Comme dirait Bashung « Je suis le roi des scélérats, à qui sourit la vie ».

Juin 2017

Site de Radio Elvis

Site de Bertrand Belin

Joli mois de mai

Pourquoi il y a des jours où tout m’agresse ? Les propos haineux de la facho à la radio dès le matin, le vent et le froid au boulot, les mesquineries et le café bouillu du talus… ou l’inverse, je sais plus, les yeux brouillés à force de scruter la toile tendue de l’écran, le cœur embrouillé par ton silence. Ardu. Les pas pressés jetés sur le pavé, arpenter les rues pentues de Saint-Brieuc en se disant que décidément, cette journée est fichue.

Presque perdue dans le froid de mai, joli mois de mai… mais où est passé ta légèreté et ta douceur ? Bientôt la fraicheur accrue de la nuit, bientôt le devoir citoyen la mort dans l’âme, et pourtant, pressée que cette salope soit battue. Bientôt le lundi férié de mai, en profiter, joli mois de mai et ses jours détendus. Joli mois de mai, s’il te plait, redeviens ce mois subtil et farfelu, fout moi en l’air ces paroles de haine, ces putains d’idées tordues qui l’eut cru…
5 mai 2017

Sondage selon moi-même

Alors que France Inter se targuait de ne pas parler des sondages parce qu’ils n’étaient pas représentatifs et patati, les voici qui depuis quelques jours nous annoncent des sondages tous plus improbables avec les indécis et patati.

Alors que France Inter se targuait de ne pas parler des sondages parce qu’ils n’étaient pas représentatifs et patati, les voici qui depuis quelques jours nous annoncent des sondages tous plus improbables avec les indécis et patati. Ben oui, moi aussi, j’ai décidé de m’y mettre.

D’abord parce que l’autre jour, sur le marché de Saint-Brieuc, dans la file d’attente de la galette, j’ai fait un mini-sondage involontairement. Oui, parce qu’invariablement, et selon mon propre institut de sondage, au bout d’une discussion d’en moyenne 2 mn 30 avec un ou une inconnue, la situation politique est systématiquement abordée, soit par un « Oh mais c’est pas possible ce type (FF ou François Fillon -note de la rédaction-), il devrait avoir honte » ou « Pfff, ben moi, avec toutes ces affaires, je ne sais même pas si je vais aller voter ». Alors je vous passe les « Rholala, entre Fillon et Le Pen, c’est flippant [ultra flippant oui – note de la rédaction] » ou « Et Macron ? Vous avez vu Macron avec son ptit air hypocrite ? »… et les farouchards « Ben moi, je sais pour qui je vais voter ! »... « Mé-len-chon bon dieu de bois ! » … et aussi « Pouek, s’ils prenaient en compte le vote blanc, moi j’dis, j’irai voter blanc ! ».

Toujours selon mon institut de sondage, une proportion importante de personnes qui ont donné 2 euros pour choisir un candidat du PS vont porter plainte contre le-dit PS pour foutage de gueule, selon l’article L-456 du code de confiance… Ha on me souffle à l’oreillette qu’il n’y a plus de code de confiance ! Ha bon… ils auraient pu me le dire dans la file des galettes saucisses. Bon, je file, j’ai ma carte électorale à ranger dans mon portefeuille, une mise en examen de mon frigo à faire et j’ai un appel d’un institut de sondage.

Selon moi, ça va valser le 23 avril… et patati…

Brèves de sondage

Mars 2017