Nuages noirs d’émotion

L’émotion de tout un peuple, ils disaient. La même émotion en écoutant la radio, flot d’anecdotes personnelles et de kilomètres parcourus pour rendre un dernier hommage. Comme si plus rien n’avait d’importance, les nuages noirs au dessus des villes s’étaient envolés, laissant derrière eux des petites filles perdues, lasses de voir les espèces disparaître en se demandant si elles pouvaient manger ces salades, lacérées de traces noires. Sans danger, assuraient les autorités.

L’émotion, dans laquelle étaient soudain entraînés tous les français, comme une traînée de poudre à la saveur de pommes, de costumes noirs, de terroir, de sacs à main et de trahison, sans quoi la fête serait moins grand guignolesque. Ha oui, l’émotion qui prenait aux tripes, quand les grands de ce monde partaient les pieds devant, du chanteur de cuir blanc au politique d’un autre temps, celui qu’on avait cru enterré, qui ressortait ses vieilles ficelles pour mieux nous… émouvoir.

Il aurait fallu avoir l’air concerné, à défaut d’être consterné, il aurait été de bon ton d’avoir une anecdote, sortie de vieux tiroirs pour la télévision, il aurait fallu garder la liberté d’en rire, de s’en foutre ou d’en verser une larme. Quant à la petite fille, dans son jardin toxique, elle pouvait bien s’émouvoir elle aussi, de ne plus entendre le chant des oiseaux, d’essuyer les traces invisibles et mortelles tombées du ciel. Oui, elle pouvait bien s’émouvoir, on regardait ailleurs.


29 septembre 2019

Les absents ont toujours tort…

Ce matin, je suis dans la peau d’un député. Pas d’une députée, désolée mais il n’y a que des mecs dans mon département. Je m’appelle Eric, Marc, Hervé, Bruno ou Yannick. Et c’est vachement dur de se mettre dans la peau de ces mecs-là. Les matins des votes de l’interdiction du glyphosate, ils avaient décidés de se faire porter pâle. Est-ce qu’ils ont appelés l’Assemblée ? Ou leur a-t-il fallu fournir un certificat garanti sans bisphénol A (ben oui, c’est interdit le bisphénol) du Docteur Monsanto ? Est-ce qu’il leur a suffit de ne rien faire, et hop, ça passe comme une lettre à la poste. Tiens, ce matin, j’ai piscine, j’ai pas envie, je viens pas. Deux fois de suite (enfin pour ce vote là, on parle pas du reste).

Oups, vous reprendrez bien un peu de glyphosate ? Ben ouais, parce que quand même, vu qu’il y en a déjà partout, dans l’air que nous respirons, dans l’eau, la brume, les légumes et les céréales du ptit déj, on va pas en faire tout un fromage non ? Et en quoi ça vous regarde vous les petits citoyens ? C’est vous qui faites tourner les boîtes comme Monsanto peut-être ? Oh, ben non, bien sûr. Vous, vous contentez de poster des trucs à la con sur les réseaux sociaux, un vrai poison c’truc, pire que le glyphosate (ha ha). Et ça nous rend sourd, nous, les députés mâles dominants absents ! Ben ouais, c’est comme ça. Peut-être qu’on est contents, peut-être qu’entre-nous, on se regarde pas d’Travert ? On se dit « hé hé, il a suffit de pas venir, et voilà, ça passe pas ! ». Et voilà, pas de loi pour interdire le glyphosate, pas en France, pas en 2018. C’est pas comme si la planète allait mal ! Pis ce matin là, Eric, Yannick, Marc, Hervé et Bruno, ils étaient peut-être ensemble, à euh… réfléchir à des solutions pour sauver la planète (euh mince, on a dit que j’étais dans la peau d’un député…). J’vais pas y arriver. Bon allez les gars, j’vous laisse, c’est pas le tout mais je dois aller au boulot. Pas de certificat, et pourtant, ce matin, j’ai la nausée.

Septembre 2018

Joli mois de mai

Pourquoi il y a des jours où tout m’agresse ? Les propos haineux de la facho à la radio dès le matin, le vent et le froid au boulot, les mesquineries et le café bouillu du talus… ou l’inverse, je sais plus, les yeux brouillés à force de scruter la toile tendue de l’écran, le cœur embrouillé par ton silence. Ardu. Les pas pressés jetés sur le pavé, arpenter les rues pentues de Saint-Brieuc en se disant que décidément, cette journée est fichue.

Presque perdue dans le froid de mai, joli mois de mai… mais où est passé ta légèreté et ta douceur ? Bientôt la fraicheur accrue de la nuit, bientôt le devoir citoyen la mort dans l’âme, et pourtant, pressée que cette salope soit battue. Bientôt le lundi férié de mai, en profiter, joli mois de mai et ses jours détendus. Joli mois de mai, s’il te plait, redeviens ce mois subtil et farfelu, fout moi en l’air ces paroles de haine, ces putains d’idées tordues qui l’eut cru…
5 mai 2017

Sondage selon moi-même

Alors que France Inter se targuait de ne pas parler des sondages parce qu’ils n’étaient pas représentatifs et patati, les voici qui depuis quelques jours nous annoncent des sondages tous plus improbables avec les indécis et patati.

Alors que France Inter se targuait de ne pas parler des sondages parce qu’ils n’étaient pas représentatifs et patati, les voici qui depuis quelques jours nous annoncent des sondages tous plus improbables avec les indécis et patati. Ben oui, moi aussi, j’ai décidé de m’y mettre.

D’abord parce que l’autre jour, sur le marché de Saint-Brieuc, dans la file d’attente de la galette, j’ai fait un mini-sondage involontairement. Oui, parce qu’invariablement, et selon mon propre institut de sondage, au bout d’une discussion d’en moyenne 2 mn 30 avec un ou une inconnue, la situation politique est systématiquement abordée, soit par un « Oh mais c’est pas possible ce type (FF ou François Fillon -note de la rédaction-), il devrait avoir honte » ou « Pfff, ben moi, avec toutes ces affaires, je ne sais même pas si je vais aller voter ». Alors je vous passe les « Rholala, entre Fillon et Le Pen, c’est flippant [ultra flippant oui – note de la rédaction] » ou « Et Macron ? Vous avez vu Macron avec son ptit air hypocrite ? »… et les farouchards « Ben moi, je sais pour qui je vais voter ! »... « Mé-len-chon bon dieu de bois ! » … et aussi « Pouek, s’ils prenaient en compte le vote blanc, moi j’dis, j’irai voter blanc ! ».

Toujours selon mon institut de sondage, une proportion importante de personnes qui ont donné 2 euros pour choisir un candidat du PS vont porter plainte contre le-dit PS pour foutage de gueule, selon l’article L-456 du code de confiance… Ha on me souffle à l’oreillette qu’il n’y a plus de code de confiance ! Ha bon… ils auraient pu me le dire dans la file des galettes saucisses. Bon, je file, j’ai ma carte électorale à ranger dans mon portefeuille, une mise en examen de mon frigo à faire et j’ai un appel d’un institut de sondage.

Selon moi, ça va valser le 23 avril… et patati…

Brèves de sondage

Mars 2017