La Dame Blanche

20170716_194003.jpgC’est curieux comme cette pluie me rappelle les vacances. Pas si lointaines. Un temps de rentrée qu’aurait pas pris le temps d’en prendre, des vacances. Une idée saugrenue, farfelue qui m’a menée sur les routes vertes de Normandie. Autant dire qu’elles étaient très très vertes, les routes et les collines, avec ce temps de chat. Temps chagrin, temps pour soi et se dire qu’on aurait dû partir à la recherche du soleil, qui brûle les grains de peau délicates ou dore encore plus les peaux halées. Allez quoi, tu vas pas pleurer sur tes vacances dis ? Comme la pluie d’aujourd’hui qui verse ses gouttes grises sur le dos, nous force à embarquer au vol foulards et paletots de velours avant de sortir. Comme des vacances déjà fanées, à peine passées et si vite oubliées. Comme des vacances un peu loupées, au rythme du vent frais et des rayons de soleil qui se cachent en brisant tout espoir de chaleur. Comme ce café- sensé -futé -bon plan- labellisé et qui au final se révéla lieu hostile voire maison hantée. La Dame Blanche qu’il s’appelait ce « café de pays » aux relents de passé fantomatique et de troquet qu’auraient fuit ses meilleurs clients. Les plus drôles en tout cas. Exit les rires qui trinquent sur les ardoises, les fous qui bavardent en diagonales et les mandarins cordiaux. Restent bouteilles vides et tables de jeux poussiéreuses, échecs et Mort Subite comme trophées du temps d’avant.

 

La rue du port

rue_du_port_7205Sur mes genoux, le téléphone glisse presque. En retard, je suis -encore- en retard. J’ai mis le haut-parleur et nos voix se captent. Presque résignée par mon retard maladif malgré de trop nombreuses bonnes résolutions, je souris au téléphone, je souris aux passants qui traversent sous mes yeux dans les rues de la belle Dinan. Nonchalamment. Alors que moi… je suis très en retard. Quelques virages serrés pour descendre vers le port et me voilà garée tout au fond du parking, loin, bien après les campings-cars bien rangés. Alors que je sors, le cœur plus léger puisque j’ai prévenu, je tombe nez  à nez avec un cycliste qui s’enveloppe dans une sorte de bâche en plastique (un poncho dirait ma sœur, mais j’ai pas de sœur). On échange un regard amusé, je hisse mon foulard bleu au-dessus de ma tête et lui lance que « Rahhhh la pluie, elle nous emmmmmmmxxx à la fin ! » Il se marre tout en enjambant son biclou. Il descend vers la ville, je tente de monter vers le port, à moins que ça ne soit l’inverse. Je ne sais plus, je me prends la pluie en pleine figure, c’est frais et ça calme les battements de mon cœur qui fredonne « tu es en retard, tu es en retard ».

Et puis, j’arrive à la rue du port, je monte un peu vers le Jerzual couvert de parapluies bigarrés ou de gens qui comme moi, ont abandonné tout espoir de protection et sont gentiment malmenés par la pluie et le vent. Je redescends le long du port, merde, me voilà perdue… je ne trouve pas. Enfin, on se retrouve à la terrasse d’un café. Je me glisse sur une chaise miraculeusement épargnée par la flotte qui s’immisce entre les parasols tendus de la terrasse. Comme d’hab, en plus d’être en retard, j’ai froid maintenant. Je regarde les gens de la table juste à côté, anoraks en plastique colorés sur le dos, eux, se prennent la pluie. Ils me regardent, un peu surpris par mon apparition soudaine et trempée dans ce décor de carte postale et se lèvent d’un commun accord. Comme s’ils avaient compris qu’on avait un tas de choses à se dire, un tas de choses à partager et à se chuchoter, entre les gouttes d’eau, les cafés et le cendrier posé entre nous où fume encore un reste de clope. Ce n’est pas la pluie de ce début d’après-midi qui les fait se lever, mais la délicatesse de nous laisser nous parler sans rien d’autre autour que les bateaux à quai et les petites rivières d’eau qui nous foutent une paix royale et nous isolent du monde. Nous réchauffent enfin.

Août 2017