Et de treize…

Et de treize160902_205444Souvent je suis seule, une et nue avec moi-même, je m’habitue. Des fois on est deux, dans la chaleur de la nuit, les corps sans dessus-dessous et je ne m’en lasse pas, souvent on est trois et ces instants partagés, dans la douceur des jours avec, dans la lueur de nos rires éparpillés dans la maison, je ne m’en soucie même pas tant c’est bien. Parfois on est quatre, on déjeune, c’est sérieux. On parle boulot et quatre j’aime pas trop en fait, trop mathématique et les maths et moi… Avant on était cinq, pas comme les cinq doigts de la main, plutôt un club des cinq de mon enfance, avec ses hauts, ses bas, ses coups parfois et ses sauts dans l’inconnu. Il arrive que l’on soit six, sept, huit ou neuf autour de la table, papotant à bâtons rompus impromptus, de tout et de trois fois rien, à boire les paroles des belles parleuses, la tchatche du pote en forme ce jour là et on est juste bien. Sans doute on aurait pu être dix, onze ou treize de plus. Mais aujourd’hui, ce treize novembre me semble lié à la foule, aux nanas et aux mecs du Bataclan, qui eux, seront à jamais les treize à table, ceux à qui l’on pense fort en ces jours du quotidien, en ces solitudes ou ces vies animées, à eux qui n’ont pas eu la chance de voir le 14.

J’aime -presque- la SNCF !

20160928_191353Après un aller à la la capitale sans encombres, mais toutefois un peu décevant (voisin à la place fenêtre, endormi sous un bonnet + une écharpe et souffrant visiblement d’un début de méningite purulente, moi côté soute à bagages, les passagers me mettant leurs fesses sous le nez pour retirer leurs énormes valises à roulettes… bof quoi), mon retour ce soir s’annonçait vraiment bien.

D’abord, place dans la première voiture voyageur [1] au début du quai. Puis, au numéro 73, près d’une fenêtre et d’un compagnon de voyage à l’air fort sympathique, qui m’aide à porter mon sac et s’installe en posant sa barre de chocolat sur la tablette… chouette, moi j’ai les ptits beurres, on pourra même faire du troc ! En plus, il ne semblait pas contagieux, ce qui est vraiment un plus dans les transports en commun. Quand soudain, une jeune femme l’air pincé surgit en pointant le doigt vers moi et en me déclarant « J’ai la place 73 dans la voiture 20 ! » Oui, ben moi aussi cocotte. Mon voisin, toujours charmant mais un peu pleutre « Euh, je vais vous laisser toutes les deux ! ». Bon, ne nous énervons pas, je sors mon e-billet et le montre à l’intruse « Vous voyez, j’ai bien la place 73, dans la voiture 20 ! » Et ajoutais-je bien sûre de moi « Et on est bien le 29 septembre, ha ha ! ». Alors là, stupeur et stupéfaction de mon auditoire « Euh, non, on est le 28 ! ». Horreur, malheur et honte sur moi, je dois capituler, reprendre mon big sac de trois tonnes, mes petits beurres et fuir cette place 73 maudite.

La détentrice de la vraie place, compatissante soudain « Bon, j’espère que vous allez pouvoir quand même rester dans le train ». Mais ouais tiens, éjectée du TGV pour une stupide erreur de date, c’est charmant. Sous le regard indifférent des voyageurs soudain très occupés, je m’en vais la tête haute, et me retrouve dans le sas de la voiture 20 quand je constate qu’une autre voiture voyageurs[1] se trouve juste en face, et qu’elle est vide. Il ressemble à un petit « wagon »[1] de première classe, mais c’est bien de la deuz’. Je décide de combler ce vide, et m’installe sur quatre places rien qu’à moi, fenêtre, couloirs, tablettes, accoudoirs : c’est royal de luxe ici !

Juste avant le départ, je suis carrément soulagée : pas de contrôleur en vue (mais que fait la SNCF ?), personne avec un numéro à la con, le bonheur total. Arrive une seconde « intruse », essoufflée. Une femme à l’air sympa, qui s’étale sur l’autre carré vip. Je lui raconte ma mésaventure. Elle me dit « moi aussi, j’ai loupé mon train. Ici, ça doit être des places non réservées ». Une sorte de cellule de dégrisement pour voyageurs étourdis, malchanceux du e-billet… Et une vraie chance. Le contrôleur, passé deux fois, juste pour vérifier si les autres places étaient vides et nous dire bonjour… non vraiment, finalement, je les aime bien à la SNCF  😉

[1] Hé oui Vassili et mes autres lecteurs attentifs,  j’ai remplacé tous les wagons (sauf un) par « voiture passager »… ce qui est bien plus long mais carrément exact, on est pas des boeufs nan mais 😉