Les deux arbres

deux_arbres2018APY’avait cette route, le soleil qui tombait, et ces deux rocs là qui m’attendaient. Y’avait cette question, qui me taraudait depuis la veille. Quoi que tu fasses, que tu souffles la fumée nonchalante pour noyer tes vagues à l’âme ou que tu laisses souffler le vent pur dans tes bronches, sans crier gare elle te rattrape. Un jour ou un autre. J’ai freiné, sur la route qui penchait en pente douce vers l’étang. Puis je suis descendue, je les ai regardé eux, de plus près. Avaient-ils une réponse ? Combien de hurlements aux vents mauvais, combien d’orages, combien de coup de foudre avaient-ils essuyés ?

Leurs silhouettes toutes tordues semblaient bien se moquer de mes questions d’humaine. C’est comme s’ils étaient là depuis la nuit des temps, gardiens de nulle part, de territoires perdus pour le peuple des arbres, de petits champs de batailles qui les avaient jusque là épargnés. C’est comme s’ils résistaient à l’incroyable bordel ambiant, artisans des chouettes nuits et faiseurs d’aube irisée. Des voisins étranges et biscornus, bons vivants rassurants mais mutiques, compères complices qui abritent les oiseaux de nuit ou les ptits amoureux de l’après-midi. Ces deux là, malins, ils n’avaient rien lâché, ils avaient juste apaisé mon spleen de ce soir sans réponses.

Août 2018

Loin des yeux du monde

Tout a commencé par un post repéré sur le fil d’actus, un matin de jour férié, lors d’une errance facebokienne. « Appel à projets 10000m2 de bois pour un euro par mois ». Fichtre diantre, le titre qui commence par fleurer bon l’administratif pour finir par des bois et un euros par mois. What ? Suffisamment intrigant pour que j’y jette un œil. Un certain Bruno 307 D, perdu au milieu de l’Aveyron propose donc son bois en location, et au milieu coule une rivière, pour y faire des projets tout utopiques présageant déjà pieds nus sur un tapis de feuilles, pétards mouillés autour du feu et fringues balancées aux orties. Je sens déjà le vent frémir sur la toile de mon tipi. Contraste. Ici, il fait à peine 5 degrés, des cupcakes plein de colorants squattent le frigo parce qu’hier, c’était Halloween, et j’ai toujours froid aux pieds malgré deux paires de chaussettes à rayures et le chauffage électrique qui tourne.

Ben oui, le carrelage c’est froid et depuis que ma cheminée a manqué de cramer la maison, je m’en sert plus. Donc, dans mon euphorie soudaine et ce froid ambiant, je partage le post sur mon mur. Yes ! C’est un projet qui tombe à pic, dans cet automne maussade… mais je suis bien consciente que je le partage plutôt pour les coupains et coupines des bois que pour moi. Qui peut imaginer un instant que je pourrais sérieusement postuler à cet appel à projets ? D’un côté, l’appel du bio est tentant. D’un autre, les quelques indices laissés ça et là par Bruno me laissent songeuse. « Lieux magique et discret loin des yeux du monde, mais à 15 minutes des 1er commerces ».

Mais Bruno, tu casses mon rêve là. Lieu magique, loin des yeux du monde (tu devrais dire loin des yeux des immondes, car le monde lui est partout chez lui) mais bof, les commerces à quinze minutes, ça me  fait pas rêver, sauf, j’avoue, s’il s’agit d’une friperie ou d’une parfumerie (ben quoi). J’ai bien regardé les photos. Ce bois à l’air vraiment magnifique, perdu et en effet super difficile d’accès. C’est bien pour ça qu’il est si mystérieux et que sa magie est restée intacte. Pourtant, ce matin, alors que je devrais déjà avoir commencé la peinture du plafond de la chambre de Lulu, je traîne avec mon troisième café et je me demande ce que ça ferait si je débarquais pour participer à la construction d’un village perché dans les arbres, si je me laissais aller à méditer, pas en faisant semblant les jours où je suis vraiment trop énervée et que je « médite » trois minutes,  si du coup, sans connexion aucune, je ne pouvais pas poster la photo de ma cabane sur Instagram avec le hashtag #loindumonde #fucklasociete #meditationforever, si je me laissais aller à l’utopie et à la vie qui coule des jours heureux au milieu d’une rivière plutôt qu’à la vie qui croule sous des plans de carrières. Un monde loin des porcs mais plus près des chèvres ou des abeilles, un monde saveur nature, sans colorants, édulcorants et gens chiants. Quoique, sur ce dernier point, je suis partagée. Mes compétences en bricolage étant assez limitées, je ne suis pas sûre que Bruno et ses amis soient gagnants gagnants dans cette histoire. Et en plus, je suis allergique aux piqûres d’abeilles…

J’ai tout de même écris aux bois, envoyé mon cv et mon non-projet et j’attends donc  la suite de cette aventure avec impatience.

Novembre 2017