Portraits

Un jour de liberté

Qu'ont en commun, une araignée, une fenêtre, une horloge et une balade qui aurait pu mal se terminer ? A priori, pas grand chose... mais un jour de liberté, tout peut arriver.

Encore dimanche. Les jours ont une drôle de tendance à s’enchaîner, un peu comme nous à notre horloge où on fixe les heures. 17 heures et des poussières qui sonnent notre mise sous cloche depuis trois semaines.

Alors le dimanche, c’est la journée de la liberté ! Celle où on peut dormir un peu, celle où on est pas trop fatigué (vu que samedi soir, on s’est endormi sur un livre), celle avec qui il va falloir passer de longues heures, de liberté. On peut rester en vieux sweat dru, boire un café bouillu en regardant par la fenêtre, se dire qu’il va falloir essuyer les vitres, parce que si jamais il y a avait du soleil, un jour, il ne passerait peut-être plus au travers.

Lilas ouvre la vielle fenêtre de bois peinte en blanc, se dit qu’il faudrait aussi repeindre, un jour, et grimpe sur une chaise avec un chiffon et un pschitt à vitres. Elle en profite pour balancer un ensemble charmant « peau d’araignée et sa toile abandonnée » sur la rue, hop, ni vu ni connu. Potentiellement, elle aime beaucoup jeter des trucs par la fenêtre, ouais. Quand elle était moyennement petite, dix ans environ, le marc de café terminait sa vie sous la fenêtre de la cuisine et la satisfaction de ce geste libérateur, d’abord réalisé par sa mère, puis par elle quand elle fût en âge de se faire du café, était vraiment jouissif. Retour à la ‘casa natura’. Bref, ce matin, pas de bol, un gamin passait au même moment, et elle retint son rire en répondant à son « bonjour m’dame» très poli. Ouf, la toile était tombée le long du mur. Entendons-nous bien, elle ne balançait que du compostablement correct : bestioles en tout genre (sans jamais les tuer si possible), marc de café, un fond d’eau de la carafe, des feuilles d’endives (ben quoi?), un petit pissenlit tout pourri ou des gaufres moisies).

Ce post n’est pas une ode au compost

Bref, malgré les apparences, ce post n’est pas une ode au compost. Non, car en nettoyant ses vitres, elle évita un clash avec le voisin, mais par contre, elle remarqua la voiture bleue des flics. « Encore ! » maugréa-t-elle. Le véhicule pas banalisé passa tandis qu’elle nettoyait avec application et un certain sentiment de sérénité ses volets. Il passa lentement, avec à son bord deux darons masqués. Évidement, elle eu un léger sursaut. Elle soupira, se demandant ce qu’elle pouvait faire de répréhensible pour qu’ils la poursuivent sans cesse, à la limite du harcèlement. Elle n’avait pourtant pas balancé un porc non ?

Non, elle avait juste fait un peu de ménage, dans sa vie banale et rythmée comme une mélodie pâle. Un petit tour et puis s’en rentre. Cou-cou, cou-cou, il est six heures, vite se cacher. Des bleus, elle s’en était fait. Aux genoux, aux coudes, à l’âme à force de s’efforcer à rentrer dans les cases, les attestations et les temps impartis. Elle était repartie en courant du magasin de lumières, elle se sauvait du travail, elle fuyait dès qu’elle apercevait un policier. Chat ! On t’a retrouvé ! La veille, au début du week-end, elle avait assisté à une drôle de scène.

Le long de la promenade de la Digue, au Val-André, où elle s’était autorisée une petite sortie dans les règles, deux personnes marchaient le nez au vent. Il crachinait mais il n’y avait pas de grosse pluie, et c’est vrai, ça faisait du bien de marcher là, en regardant la mer aux couleurs turquoises teintée de gris. Soudain, alors qu’ils arrivaient au bout du quai Célestin Bougle, vers le Verdelet, une voiture blanche aux insignes de la cité balnéaire s’arrêta sur le parvis en faisant crisser les pneus*. Un policier municipal s’avança vers eux « Bonjour, le masque est obligatoire ici. » Les deux individus sortirent illico leurs masques de leurs poches et l’appliquèrent avec empressement en balbutiant des « Ah bon euh, ici aussi ? » tout en regardant la foule des grands jours se presser autour d’eux. « Oui, partout. Moi, je vous préviens, mais eux-là-bas, ils sont là pour vous verbaliser » ajouta-t-il en désignant le bout du quai dans un élan de sollicitude. Alors les deux autres de le remercier. Personne ne les avait trop remarqué, mais en effet, une voiture de la gendarmerie nationale était stationnée là-bas, prête à cueillir tous les déviants et inconscients non masqués.

Elle avait continué sa route, le masque bien collé au nez, et avait eu envie de balancer quelque chose, n’importe quoi, le long du pare-brise de la voiture bleue. Un petit mot-pavé qui n’fait pas trop mal, un panneau qui dirait « Il est interdit d’interdire », un mot plus haut que les autres, un mot pour s’enfuir sans perdre la face, un mot pour se donner du courage, un mot qu’aurait une tête à claques, un mot pour ne pas s’excuser d’être là, à vouloir humer ce putain d’air frais sans filtres. Elle avait juste tiré la langue. Merde à la fin.

*bon, ça, c’est pas vrai, mais bon, ça aurait pu…

Et vous, quel goût de liberté ont vos dimanches, vos samedis ? Quelle bande-son irait bien avec cette petite histoire presque vraie ?

Arno, toujours aussi touchant ! Merci Johan, proposition validée 🙂

(2 commentaires)

  1. Quelques réactions en vrac telles des moules dans une casserole à côte belge ainsi qu’une musique à la mayonnaise :

    1. Lilas me fait penser qu’il faut que je fasse mes fenêtres… un jour.

    2. Pour paraphraser l’autre « ces histoires de privation de liberté finiront dans la canaille !  »

    3. Je trouve mes moments de liberté lors de mes randos.

    4. La recommandation musicale: https://youtu.be/iVS_5R7JwKs

    Très belle brève comme toujours !

    Aimé par 1 personne

    1. J’adore cette chanson, je n’y avais point songé, mais elle me donne le moral. Tellement !
      Merci pour ça, et « vive ma liberté » comme dirait Arno 😉 Oui, la rando, la marche, c’est une sacrée évasion aussi. Par contre, faire les vitres, un peu moins, après, c’est parfois sportif… courage ! Belle journée Johan

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