Noir et sans bavure

Depuis vendredi soir, je côtoyais la gare de Lamballe plus que de raison. Pour des raisons diverses et avariées maintenant, je devais aller chercher des amis qui arrivaient tout droit  de Paname, ma fille de Guingamp et mon frère d’Epernon. Que du beau monde, qui venait rien que pour moi, et même pas pour Lamballe ou le festival Noir sur la Ville qui se déroulait ce week-end là.

Il régnait un drôle de bordel à la gare. Ils avaient instauré un sens de circulation  curieux, et les véhicules y allaient bon train pour faire n’importe quoi, malgré les panneaux jaunes moutarde qui braillaient dans la nuit. Il flottait à tout va, et je commençais à avoir mal à la gorge. Une folle envie de tisane au miel, alors que le samedi devait être tout sauf un truc qui ressemble à une envie de tisane. C’était mon anniv’, et les potes qui affluaient de toute part ne tournaient pas à la tisane, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais je m’égare. Je voulais parler du festival Noir sur la Ville, car j’avais  bien l’intention d’y faire un tour le dimanche, à l’occaz des voyages retour de mes amis. Et puis, y’avait Dimitri, alors je m’étais dit que c’était idéal pour lui acheter son livre. Local quoi.

noirsur laville2
Même les vitrines sont Noir sur la ville

Alors dimanche, je file à la salle des fêtes après avoir déposé le dernier voyageur. Ce dont je ne me doutais pas, c’est que c’festival, il faisait pas genre « non-stop », comme à Saint-Malo, les auteurs derrière leurs tables à grignoter une galette saucisse et un verre de bière (et les boutanches sous le stand, videurs et tout l’tralala). Non, je me suis cassée le nez sur les portes vitrées, fermées qu’elles étaient.

Treize heures et des bananes, et moi qui n’avais dormi que deux heures, je me voyais mal faire un aller-retour de plus. Dépitée, les yeux cernés, je tournais les talons quand trois gus en imper sont sortis, cigarettes en main. Des auteurs. La porte claqua et ils constatèrent qu’ils ne pourraient pas rentrer non plus, mais c’était pas grave puisque tous les bénévoles étaient dans la salle annexe, d’où s’échappait un joyeux brouhaha.

Comme je n’osais pas trop rentrer, l’un d’eux m’accompagna dans la salle et j’y trouvais en réalité bien plus de gens que je n’aurais imaginé : Claudia, Isa, Hervé, Annie, Véro, Marie-Cécile, Clo et Philippe, Christine, Martine, Cornélia, Sebastien, JIB, Denis, Dimitri et j’en oublie, une foultitude de bénévoles et d’auteurs. Y’avait une sacrée ambiance. On sentait que c’était pas du pipeau, ça chantait bon et ça mangeait des bonbons. Je me suis assise un peu avec eux, de toute façon, à vrai dire, je tenais à peine debout. Après une ovation des cuistots, des barmaids et de l’asso, on a dû regagner le festival qui rouvrait ses portes. « Au boulot ! » . Je ne m’étais pas tapé l’incruste, mais je me disais que quand même, un peu. Surtout que je n’étais ni bénévole, ni autrice, ni cuistote, ni rien. Mais, j’adore le polar, ça compense. Et puis, les auteurs, c’est pas c’qu’on pense non plus, faut pas croire. L’ambiance n’était pas noire, elle était plutôt solaire, joyeuse et chaleureuse.

Près de l’entrée, des filles vendaient des gobelets,des badges, et les auteurs, des bouquins. J’en choisis quelques uns, et je me dirigeais vers la caisse, qui se situait juste derrière un écrivain. Il lança à la volée qu’à chaque fois que quelqu’un venait payer, il espérait qu’on lui prenne -aussi- son livre… pis non. Alors je me suis dis qu’il fallait l’aider (bon, j’étais pas aidée par mon état, la soirée, la nuit sans sommeil, la tisane, tout ça tout ça). Je me suis mise à faire l’article, proposant le livre à un père de famille en sweat bleu, qui regardait la couverture d’un air dubitatif tout en serrant contre lui un petit livre à la couverture noire. Il semblait intéressé, j’en ai rajouté des tomes. Bon, je sais, c’était pas fin fin, mais ça me faisait marrer… Pas lui. Il a levé la tête, crispé un peu plus ses doigts sur le livre, et il m’a lancé d’un ton sec « J’attends juste pour payer le livre pour ma fille, et comme je viens d’arriver, je voudrais bien faire le tour ». Le vieux tacle dans ma face. Il a téléporté son sweat-shirt bleu vers le stand d’en face  en me lançant un regard noir.

Denis, qui n’avait rien manqué de la scène, était mort de rire. L’auteur, a dit que de toutes façons, même s’il revenait, il préférait qu’il ne lui achète pas son livre vu qu’il était un peu coincé du bas du dos (bon, peut-être qu’il a dit ça comme ça, et qu’après, le type est revenu et il lui a pris un livre, je ne saurais jamais). Bref, pour ne pas perdre la face, j’ai acheté le premier bouquin de la pile, convaincue par ma propre promotion. Et un livre de plus, au point où j’en étais.

J’ai dû ensuite regagner la sortie, saisie par deux vigiles, qui ont surgit d’on ne sait où, sans doute alertés par Sweat Blue, et qui m’ont éjecté du festoche… mais non, c’est pas vrai, ils sont pas comme ça à Lamballe. N’empêche, que maintenant, certes, mon banquier va jaunir, mais n’en déplaise à ce vil personnage, j’ai des histoires noires à lire, quand je pourrais pas dormir ou qu’il fera noir sur ma ville…

18 novembre 2019

Un ptit tour sur le site du festival Noir sur la Ville s’impose !

Et puis les romans de la brève :

  • « Pêche interdite » de Denis Flageul. Ed. Atelier IN8
  • « Au Tribunal » de Dimitri Rouchon-Borie. Ed. La manufacture du livre
  • « Le goût de la viande » de Gildas Guyot. Ed. Atelier IN8

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