Arte botanica à la Roche-Jagu

« Ces mille petits paysages
Que forment les arbres légers
Gonflés d’un transparent feuillage
M’arrêtent et me font songer »*

Un bout de poème, une citation diront certains, une fleur dessinée, des millions de fleurs séchées, de la verdure factice qui s’échappe d’un cadre géant, des allées parsemées de nuées de parfums, un tourbillon de lumière tamisée où se lover pour un temps, des images imprimées qui s’animent, des ombrelles de métal… l’expo « Arte Botanica » est une invitation à flâner sur un chemin parsemé d’odeurs, de bruits, de sensations et d’impressions sans cesse renouvelées.

Une expo à conseiller à tous les amoureux des fleurs, de botanique, d’art contemporain, de jardin et de rêvasseries en tout genres. Cette année, le château de la Roche-Jagu à Ploëzal a convié 15 artistes à explorer les « rapports entre l’Art et la Nature ». Et ça fonctionne très très bien, avec vidéos, installations, photographies, art numérique, design, sculptures en osier ou en acier. Les artistes invités sont : Anne-Marie Arbefeuille, Rebecca Louise Law, Mathlide Nivet, Maud Vantours, Dimitri Xenakis et Maro Avrabou, Anne Le Mée, Les M studio, Miguel Chevalier, Philippe Ollivier et Noëlle Deffontaines. Dans le parc : Trevor Leat, Julien Lannou et Francis Benicà.

On peut donc y faire de belles découvertes, des photos marrantes (vous pourrez constater qu’on s’est plutôt amusés avec les ombres du grenier, sans doute mon coin préféré, avec l’installation de Rebecca Louise Law et les ombrelles de Francis Benincà).

Je songe bien y retourner une nouvelle fois, puisque l’expo « Arte Botanica » dure jusqu’au 6 octobre 2019.

Pour en savoir plus de chez plus, rendez-vous sur le site de La Roche-Jagu !

Août 2019

*La citation ci-dessus est d’Anna de Brancovan, comtesse de Noailles et fait partie de la première installation de la photographe Anne-Marie Arbefeuille.

 

 

 

L’échappée belle

Voyagez au cœur de votre beauté, disait le message automatique de l’esthéticienne en guise d’en-tête. Lilas referma sa messagerie et esquissa un sourire, léger, en songeant à son voyage à elle. Au cœur du Cantal devrait-elle dire ? Au cœur d’un refuge incertain où elle pourrait bercer ses peines, les laisser vagabonder un peu plus hauts vers les montagnes aux courbes rondes, bordant l’horizon d’une étrange façon.

Partir, voyager, se laisser guider le long de routes nouvelles, de troquets aux volets encore fermés, parfois fermés pour toujours, de camionnettes blanches fatiguées qu’on charge de sacs de pains chauds, se perdre pour mieux se retrouver dans une auberge remplie de bricoles, qui viendraient accrocher son regard de voyageuse perdue. Un endroit inconnu, où nul ne connaitrait son histoire, où la patronne aux traits encore tirés lui demanderai juste ce qu’elle voulait. Un café bien serré, sans sucre, les bruits des tasses qu’on pose sur le perco, un œil sur les nouvelles du jour, un quotidien aux titres racoleurs, des faits divers qu’elle évitera, des guerres qu’elle tentera de comprendre, la planète en feu, qu’elle survolera sans rien pouvoir faire, un horoscope tiens, c’est bien ça l’horoscope. Et la météo qu’on annonce arrosée, très arrosée pour un mois d’août, c’est pas de bol pour les vacanciers dira la patronne en déposant la tasse de café brulant.

Repartir, un peu à contrecœur, reprendre la route du voyage « au cœur de la beauté », finalement, ça lui allait bien à Lilas.

16 août 2019

Le héron de Guernica d’Antoine Choplin

« Au milieu de tout ça, j’y pense encore à mon héron et je me demande comment je vais réussir à le terminer. Et aussi, si je serai content du résultat ».

C’est l’histoire de Guernica, d’un funeste jour d’avril 1937, de la violence qui déchire la toile de Picasso, l’une de ses plus connues, dénonçant l’horreur du massacre. Basilio, le héro de ce livre, est un artiste, un timide, un modeste, un poète du quotidien, un attentionné mais aussi un obstiné. Se réfugier dans le marais pour peindre des hérons, capter ce qui lui échappe, avec calme et intelligence, ce n’est pas de la folie, c’est être libre.  La quête de l’artiste face au fracas du monde. Le regard aigu et juste de Basilio, sa persévérance, sa fascination, sa tendresse aussi dans son rapport au monde, son héron, sa façon de l’observer avec un infini respect. Ce qu’il nous dit de l’art, avec modestie et sincérité qui touche droit au cœur.

C’est pas si facile de peindre les hérons

J’ai adoré ce court roman d’Antoine Choplin, qui commence par une rencontre improbable avec la toile du Maître et ce « petit peintre » inconnu de campagne, et nous embarque dans son Guernica à lui, le marché si animé, les soirs de bal au village, le point de vue de Basilio, décalé et indispensable, le marais près du pont de Renteria où il peint son héron « c’est pas si facile de peindre les hérons », dans ses doutes, offrir une peinture à Céléstina ? « Le moindre caillou ramassé par terre aurait sûrement plus de valeur. […] Lui offrir un caillou, ce serait l’inviter à porter un regard sur un objet véritable. Sur une chose d’origine, et non pas sur une esquisse de représentation, forcément imparfaite. Ce serait déjà, de la part de Basilio, un geste d’artiste. Plus modeste, mais quand même. »

Oiseaux de misère

Puis arrive le jour du bombardement. Les oiseaux de misère qui rendent le ciel habituel méconnaissable, la ville torturée, torpillée. Les errances, les refuges improbables sous l’acharnement des bombes, qui frappent sans relâche, pour éradiquer une ville entière, les rencontres aussi, fortes et inoubliables. Et l’importance de témoigner, au-delà des mots, « sinon, on ne nous croira jamais » dira le père Eusébio à Basilio.

Un roman fort et bouleversant, qui peint avec douceur et intelligence la place de l’artiste et de l’art dans les sociétés. Un roman qui donnera envie de revoir le tableau de Picasso, avec un autre regard, celui de l’humble et singulier Basilio.

L’auteur

J’ai découvert Antoine Choplin à l’occasion du Prix Louis Guilloux, en 2017, il avait remporté le prix pour « Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar », Ed. La Fosse aux Ours. J’ai choisi de lire en premier « Le héron de Guernica », car le thème m’a plu, l’art, l’Espagne, les oiseaux… J’ai hâte de lire d’autres livres d’Antoine Choplin. Si vous en avez à me conseiller, n’hésitez point 😉

Août 2019

Porc solitaire

Je vous ai déjà parlé de mon barbecue miniature, qui s’appelle Joe, Smokey Joe ? En deux mots, il est petit et ne sert que deux fois l’an. Ce soir, je l’ai confié à mon fils et à son pote, en me disant que pendant ce temps là, je pourrais écrire à loisir tout en surveillant la cuisson des patates. Oui, j’avais acheté des brochettes à mes fournisseurs locaux, et j’avais envie de faire un barbec’ [Note de la rédaction : l’auteur se justifie, à juste titre, car d’un, elle achète encore de la VIANDE alors que tout le monde lui dit qu’il faut a-rrê-ter, et deux, elle précise quand même que c’est du local. Est-ce du bio ? on ne le saura même pas. Pfffff]

Donc, les jeunes étaient dehors, et c’est vrai qu’à un moment, je me suis inquiétée de la fumée qui paraissait disproportionnée par rapport à la taille de Joe, et qui se dirigeait vers Plume, la chatte, qui semblait affligée par le spectacle très brouillon : les gars qui tentaient de faire partir la fumée ailleurs, montés sur des chaises en plastique [Note du correcteur : en plastique, hum]. Puis, devant leur assurance non feinte, je rentrais m’occuper des patates, et surtout re-zoner sur internet au lieu de bosser.


J’étais en train de regarder les photos de vacances des autres (ben quoi ?), qui avaient l’air vachement bien, avec les plats qu’ils mangeaient et leurs jambes pour montrer qu’ils en avaient encore deux, quand soudain, les gars sont arrivés en « posant » la plaque du four et les brochettes dessus en annonçant fièrement « C’est cuit ! ». Ah, euh, déjà ? Je levit un sourcil inquiet. Il se souleva d’autant plus quand je vis les brochettes, l’une assez noircie, et les autres un peu… étranges dira-t-on. « Mais elles sont cramées ? » Euh, non, juste une parce qu’on l’avait oubliée. « Et vous n’avez pas éteint le feu, car les autres ont l’air… mal cuites ? ». Ben si, on a mis l’eau dessus, et comme il y avait des escargots dans l’arrosoir, ben ils crament. Argggg, quelle horreur !

Bon, nous passâmes à table. Mes patates étaient super bien cuites. Mais les brochettes… Je me dévouais pour prendre la plus cancérigène, tandis que les enfants mangeaient les morceaux des moins cramées en évitant ceux qui semblaient trop roses. Quand soudain, Lulu, qui était descendue comme une fleur après la bataille, pris un air horrifiée « mais, on va attraper le porc solitaire ? ». Ah merde, j’avais oublié cette discussion où je racontais qu’une de mes grandes tantes avait eu le vers solitaire, avec force détails. Elle, s’en souvenait. Les gars se marraient mais ont cessé de s’alimenter en brochettes. Lulu a carrément recraché un morceau (sacrilège) et nous avons dû regarder des images de ténia sur Qwant, c’était pas beau à voir. Finalement, on s’est dit qu’on allait peut-être arrêter la viande, les sushis aussi et probablement le barbec’ En plus, Jonathan, qui se marrait toujours en nous voyant flipper du vers m’a dit « Même mon père, il me confie pas le barbecue ».. C’est dire.

11 août 2019

Et vous, comment gérer-vous votre barbecue ? En faites-vous encore ? J’ai hâte de savoir 😉

En attendant l’hiver

cropped-20160823_2107241.jpgPeut-être qu’on le fera pas. Peut-être que cet ailleurs où on peut faire pousser nos rêves dans un infini bordel n’existe pas. Pas encore en tout cas. Il faudrait sortir du bois plutôt que de rentrer des tonnes de bûches en attendant l’hiver. Un hiver qui ne viendra peut-être plus. Trop chaud, trop aride désormais pour servir à quelque chose. Tes bûches.

Il faudrait sortir du bois pour planter des arbres sur le bitume, déposer de la mousse où verdir nos idées en berne. Parfois, parfois on y croit plus. On se dit que c’est déjà trop tard. Mais pourtant, un matin, on voit partir des potes à l’aventure, à vélo, à pinces ou à solex, à travers la campagne. Pour quelques jours, on s’en fout. On voit Margot prendre le bateau plutôt que ce putain d’avion à trente euros, on voit Marcel qui balaie les chiasses d’hirondelles devant sa porte, sans rien dire, parce qu’il les aime, tout simplement.

On voit Michel, Salem et Karo à l’avant d’une scène, fleur à la main et haut les cœurs, tant pis pour les tomates qu’on pourrait leur jeter ou les mines hargneuses de ceux qu’on ne doit pas déranger, on suit Capucine qui pousse la porte de la bibliothèque pour emprunter quelques bouquins potagers et surtout parler avec la dame de la bibli, parce que ces échanges là n’ont pas de prix, on voit ce ptit garçon qui entre dans le charity shop pour trouver un cadeau à sa maman. Ses pièces serrées dans la main, il parcourt ces objets un peu abîmés, qui racontent leurs histoires au fil des rayons d’argent. Il tombe sur un petit lézard,  fragile et rare, qui sera emballé avec les nouvelles d’un autre jour, et qui sera le plus beau des cadeaux. Ses yeux qui pétillent, ces pépites qu’on trouve quand même au coin de la rue. Alors si, on le fera, c’est sur qu’on va le faire…
7 août 2019