Loose un jour…

velo_pleneufToujours particulier, une journée d’anniversaire. Y’en a qui décident de ne pas bosser, d’autres de fêter ça au bureau , d’autres qui boudent en songeant à leurs vertes années, bref, aujourd’hui, c’est mon anniversaire.

J’ai bossé ce matin, mais cet après-midi, nous voilà, avec Noé, partis à Pléneuf pour un rendez-vous médical, qui nous donne aussi l’occasion de prendre l’air au bord de la mer. Chouette, et puis, c’est un peu un jour de fête, alors on se balade le long de la jetée, parmi les vieux amoureux en blousons côtelés qui se tiennent par la main en regardant les maisons inaccessibles avec vue sur mer.

Il y a aussi trois types qui s’acharnent en haut des pins à l’âge honorable, bientôt ratiboisés pour faire place à une résidence « du T2 au T4, de haut standing, pour vivre ou pour investir », ça me fait rêver. Peut-être que les amoureux aussi, va savoir. Noé avec son skate fait des allers-retours le long de la route, je rêvasse à un petit T2 et écoute les conversations des vieux (oui, on est en journée, donc il y a plus d' »anciens »). Deux groupes se croisent et j’entends « moi, ça fait 11 ans que je suis à la retraite ! ». Un monsieur rejoint la bande et s’esclaffe « et moi, ça fait neuf ans, hé hé !! ». Marrant, ils ont l’air vraiment contents… Je les envie presque (à part leur blousons matelassés, là non, j’peux pas).

Bref, nous voilà ensuite partis chez le doc, puis en sortant, l’heure est parfaite pour aller acheter un bon gâteau au Recommandé. Depuis le temps que je salive sur leurs merveilleux desserts via Instagram, cette fois, on y va. Arrivés devant, un petit panneau indique « En congés jusqu’au 14 novembre. ». Mais non, mais non, mais non. On tente de se rabattre sur une boutique de chocolats, puis même des gaufres… la saison est terminée, les boutiques n’ouvrent que le week-end.

Pas grave, sur la route du retour, on voit un panneau à Saint-Alban « Praires farcies, fruits de mer ». Yep ! Bonne idée, à défaut de chocolat, des praires farcies, ça le fait. On s’arrête. Une affiche indique le prix des praires (waouh) mais le poissonnier nous annonce qu’il a vendu les dernières hier, et qu’il en aura demain. Là, on se demande si on est pas victime d’une sorte de mini-malédiction.

Direction Lamballe, place du marché, la nuit tombée et toujours aucune place pour se garer. Comme d’hab’ quoi. On trouve -enfin- une place, on achète nos petits gâteaux. Puis, je décide d’aller chercher un vernis à ongles, d’une marque XY vu l’autre jour. Je rentre dans le magasin, et je constate que le présentoir des vernis a disparu. La vendeuse : « vous cherchez quelque chose ? ». Elle m’indique qu’ils ne font plus cette marque, plus du tout. Je rentre un peu dépitée, et je file au brico-marché, pour acheter des granules. Et là, en passant sur le parking, je constate que le distributeur de granules, que j’ai vu tout l’été, a tout bonnement disparu. Lui aussi ! Je dis à Noé« mais c’est fou ça, ils ont liquidé les granules, tu le crois ? ». Il me regarde et me dit d’un air grave « en ce moment, tout disparaît ».

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14 novembre 2018

 

Gentils coquelicots

Des grappes d’humains se pressaient le long de la falaise. Voir passer les géants des mers, qu’ils disaient dans le Ouest-Fonce. Vas-y Alphonse, pousse toi que j’les voie moi. Léonie éteignit le poste d’un geste las. Des géants aux quatre vents, elle n’en avait cure, finalement. Elle aussi voulait avoir des ailes pour voler, sur les crêtes des volcans d’écume. Surfer sur des vagues insensées et rebelles, oublier un instant sur quelle terre elle était. Une terre hostile, une terre qui n’accueillait plus mais rejetait, des bouteilles à la mer et des bateaux d’exilés divagants de port en port, sans terre d’accueil.

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Une terre où les coquelicots poussaient devant les mairies, désormais. Des lumières à la main, des chants dans la nuit, des pancartes et de l’espoir, pour qu’enfin quelqu’un entende. Mais qui ? Les géants de la pétrochimie, les génies de la finance, les multinationales dont les noms s’affichaient jusque sur les bateaux, quand tu y penses… Elle se demandait qui les entendait, Léonie. Peut-être que tout cela n’était pas pour eux.

Pour ceux qui bousillent, qui épuisent, qui polluent, qui jettent à la mer tant et tant de petites mains dans un puits sans fin, les grands salauds, ou les ptits cons, qui continuent de crier sans vergogne qu’on doit continuer, coûte que coûte, notre train de vie et nos macros-avantages. Fulguro-point ! Ou vas-y que je te bloque la quatre-voie. Oui, elle aimerait bien, survoler la mer, même en hélico, et prendre un peu de distance. Sauter en marche du train, ne pas faire gaffe à l’espace entre le quai et le marche-pied, tendre la main, répandre la flotte qui entre dans le bateau, là-partout, pour que poussent encore des tas de coquelicots.

Novembre 2018