Les absents ont toujours tort…

Ce matin, je suis dans la peau d’un député. Pas d’une députée, désolée mais il n’y a que des mecs dans mon département. Je m’appelle Eric, Marc, Hervé, Bruno ou Yannick. Et c’est vachement dur de se mettre dans la peau de ces mecs-là. Les matins des votes de l’interdiction du glyphosate, ils avaient décidés de se faire porter pâle. Est-ce qu’ils ont appelés l’Assemblée ? Ou leur a-t-il fallu fournir un certificat garanti sans bisphénol A (ben oui, c’est interdit le bisphénol) du Docteur Monsanto ? Est-ce qu’il leur a suffit de ne rien faire, et hop, ça passe comme une lettre à la poste. Tiens, ce matin, j’ai piscine, j’ai pas envie, je viens pas. Deux fois de suite (enfin pour ce vote là, on parle pas du reste).

Oups, vous reprendrez bien un peu de glyphosate ? Ben ouais, parce que quand même, vu qu’il y en a déjà partout, dans l’air que nous respirons, dans l’eau, la brume, les légumes et les céréales du ptit déj, on va pas en faire tout un fromage non ? Et en quoi ça vous regarde vous les petits citoyens ? C’est vous qui faites tourner les boîtes comme Monsanto peut-être ? Oh, ben non, bien sûr. Vous, vous contentez de poster des trucs à la con sur les réseaux sociaux, un vrai poison c’truc, pire que le glyphosate (ha ha). Et ça nous rend sourd, nous, les députés mâles dominants absents ! Ben ouais, c’est comme ça. Peut-être qu’on est contents, peut-être qu’entre-nous, on se regarde pas d’Travert ? On se dit « hé hé, il a suffit de pas venir, et voilà, ça passe pas ! ». Et voilà, pas de loi pour interdire le glyphosate, pas en France, pas en 2018. C’est pas comme si la planète allait mal ! Pis ce matin là, Eric, Yannick, Marc, Hervé et Bruno, ils étaient peut-être ensemble, à euh… réfléchir à des solutions pour sauver la planète (euh mince, on a dit que j’étais dans la peau d’un député…). J’vais pas y arriver. Bon allez les gars, j’vous laisse, c’est pas le tout mais je dois aller au boulot. Pas de certificat, et pourtant, ce matin, j’ai la nausée.

Septembre 2018

Les chemins de la liberté

routes_inconnues27Tirer les ficelles, faciles, du fil de la haine. C’est presque devenu un exercice pas stylé, qui se répand sur les réseaux sociaux comme une traînée de foutre sale. Comme une envie de gerber sa haine de l’autre. Le fameux repli sur soi, repli identitaire, repli d’entre-soi, repli pour rester chez soi ou repli repu de peurs ? L’autre jour, je rentrai de la gare. Sautillant joyeusement à l’idée de rentrer chez moi (arg, repli sur soi zut), je croise une connaissance. On discute deux minutes (ben ouais, j’ai envie de me replier), et elle me dit que sa grande fille doit partir en Pologne ou en Roumanie, faire un voyage scolaire. Toujours guillerette, je lui dit « c’est génial ça, elle va voyager c’est extra pour elle ! ». Et là, voile noir sur le visage de mon interlocutrice interloquée « Ah non, je veux pas qu’elle aille dans CES pays là. C’est des sales pays, je veux pas. En plus, on n’est jamais partis son père et moi, alors elle va certainement pas aller là-bas, ça non ! ».

Euh, comment dire. Je reste interlo-estomaquée. Elle a le visage fermé, les yeux re-pliés, un rictus mauvais lui tord la bouche, rien qu’à évoquer ces « sales » pays… Je reste circonspecte. Je m’étonne de sa réaction, là, au détour d’une rue de mon patelin tranquille. Je lui balance quelques arguments, bien sentis. Je voudrais inverser la tendance, je voudrais qu’elle laisse sa gamine partir à l’aventure, dans n’importe quel pays du monde, par les chemins de terre ou des routes incongrues, je voudrais que des gens qui passent à la télé arrêtent d’y passer pour y déverser leur haine de l’autre, je voudrais que les roms passent à la télé pour autre chose que des « sales » trucs, savoir qui de la télé ou de la connerie était là avant…. Mais je m’égare. Elle a quand même souri à mes arguments, septique malgré tout. On est chacune reparties dans le tourbillon de la vie. Peut-être que la prochaine fois que l’on se croisera, elle me dira des choses qui me feront sourire, à commencer par des voyages, des cartes de pays et des couleurs, ouais, des couleurs…

Septembre 2018