Rosalie ou la foi retrouvée

Ah, les vacances ! J’ai commencé par vous raconter notre périple du retour  : 28 heures en C3 pour remonter de Porto jusqu’en Bretagne, une épopée assez moderne… Alors je continue dans mon récit de voyage, avec l’histoire de Rosalie, notre covoitureuse de l’aller (inutile de dire que ça nous a pas effleuré un instant, de prendre un Blablacar au retour).

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Ce matin là, un dimanche histoire d’éviter les bouchons, nous avons retrouvé Rosalie, notre covoitureuse, sur le parking d’un lycée de  Lamballe, à 8 heures du matin précise. Très fière d’avoir réussi à partir à l’heure, je me décompose lorsque je vois Rosalie à côté d’une énorme valise. Sur ma tête, on pouvait lire ceci « Mais je lui avais dit un  ‘petit bagage’. On a déjà dû laisser mon duvet tellement la voiture était remplie alors je vois pas où on va caser sa valise là ! ».

Je descends de mon véhicule, l’air farouche. Heureusement, je découvre que la grosse valise appartient au jeune homme à côté de Rosalie. Ouf, on va pouvoir l’embarquer, je retrouve le sourire. Après les salutations d’usage, elle monte à l’avant, et doit glisser son sac à ses pieds faute de place. Mais rien ne semble perturber la bonne humeur de Rosalie, qui décrète que de toutes façons, elle s’adapte à toutes situations. Avec nous, c’est sûr que c’est mieux songeai-je… A peine avait-elle posé ses fesses sur le velours peu qualitatif de ma C3, qu’elle entreprit de nous raconter (enfin de me raconter, les enfants ayant disposés leurs écouteurs sur leurs oreilles en signe d’hostilité) son périple à elle, le Tro Breiz qu’elle faisait depuis quelques années maintenant. Elle me précisa qu’elle n’était pas catholique « à fond », mais que grâce à cette marche, elle avait retrouvé la foi.

Elle et ses copines donc, dont j’allais découvrir la vie tout au long de la route. Il y avait d’abord Marianne, qui, bien que mariée, avait décidé d’emmener Rosalie dans son aventure du Tro Breiz, avec Josy et Flore. Et aussi une nouvelle, qu’elle n’aimait pas du tout, celle là. Bon, jusque là, je suivais. A part qu’il était 8h20 du matin, et qu’un petit mal de tête commençait à s’installer. Quelques instants plus tard, je demande à ma nouvelle amie si tout va bien, si elle n’a pas un peu trop chaud, trop froid, ceci cela (aussi j’avoue histoire de lui faire comprendre qu’elle était dans un véhicule climatisé, et qu’elle aurait pu aussi dormir par exemple, hein…). Bon, tout allait bien pour elle. C’est simple, on ne pouvait pas l’arrêter.

Du coup, moi qui commençait à fatiguer, je ne pouvais que me tenir en éveil en écoutant ses aventures, dont parfois je perdais le fil. « Alors, le soir, on arrivait supers fatigués de notre marche, on en pouvait plus, j’avais les pieds en compote, mais en plus, il y avait des messes. Bon, moi, c’est pas trop mon truc mais quand même, j’y allais pour accompagner Flore, et bon, finalement, c’était marrant ». Marrant. J’imaginais mal le truc mais bon, je me contentais de relancer la conversation de temps à autre « ah oui, le curé était jeune et mignon ? ». J’imaginais mal le truc mais bon, pourquoi pas. « Oui, il y a des jeunes aussi ! souligna-t-elle d’un air entendu. Ils marchaient côte à côte, avec une jeune file, très jolie aussi ». Euh là, je me fais des films ou elle sous-entends des trucs chelous entre le jeune curé et… Bon, de toutes façons, elle changea de conversation en me racontant ses vacances à Amsterdam, avec d’autres copines, alors qu’elles avaient 40 ans.

Elles avaient loué un bateau-péniche, mais à leur arrivée, un grand type immense et baraqué était sur le pont. Quand il se releva, elle eut la surprise de constater que non seulement, il lui manquait un œil « oui, il avait un œil crevé » (heureusement que les enfants avaient leurs casques) et qu’en plus il ne parlait pas le français, contrairement à l’annonce de l’agence de voyage. « Hé bien, vous me croirez ou pas Agnès, après avoir hésité à repartir tellement on avait peur qu’il nous agresse dans la cale la nuit venue, on a décidé de rester. Hé bien, au bout de deux jours, on s’est rendu compte qu’il était adorable et on a passé un super séjour ! ».

Comme quoi, on peut être non-francophone et sympa, non mais ! J’oublie de préciser qu’elle me demandait régulièrement, interrompant ses histoires de vacances, si je ne m’endormais pas. Elle disait « Vous ne vous endormez pas au moins ? »... Euh, comment j’aurais pu, je ne voyais pas bien. Surtout dans les bouchons, car, bien évidemment, malgré ma super stratégie de partir un dimanche, nous avons eu des bouchons à Bordeaux (que cette ville porte bien son nom), où elle nous révélât que quelqu’un l’attendait, et qu’elle avait très envie d’arriver pour le retrouver. Mince alors, on était coincés là.

Ne trépignez pas d’impatience, malgré l’histoire du grand borgne d’Amsterdam, celle de Marcel, le chauffeur de car dont elle était amoureuse, comme ses copines d’ailleurs, car il les avait conduites à un endroit pour voir des dauphins, elle n’avait pas de mari qui l’attendait à la maison. Mais qui alors ? Un curé peut-être ? Arf, je suis méchante. Car Rosalie était une vraie warrior. Son premier voyage, elle l’a fait suite à un chagrin d’amour. Elle avait décidé de partir seule avec sa R5, une tente et des brocolis en boite. Contre l’avis de sa mère, qui ne comprenait pas comment ni pourquoi on pouvait partir seule. N’empêche, je trouve qu’il faut du courage pour partir seule, mine de rien. C’est beaucoup moins facile, pratique même, et il faut bien le dire, il faut gérer le fait d’être seul/seule (pas pratique pour ouvrir les brocolis)  et tout ce que ça a de représentations à la con dans l’imaginaire collectif, et dans le nôtre au passage.  Donc, je lui dit qu’elle est une warrior, et qu’à son époque, c’était encore plus courageux. Elle me regarde bizarrement (pour le terme « warrior » je suppose) et me dit d’un air qui se voulait léger « hé bien, de toutes façons, je suis seule alors je vais pas rester chez moi à pleurer ou bien c’est la fin« .

Sortie d’autoroute. Il fait presque 40 degrés, et on va bientôt, enfin, arriver à la première étape de notre voyage. Bayonne. Rosalie trépigne de plus belle dans la voiture. Elle appelle son frère pour qu’il vienne la chercher, mais surtout, se met à craquer totalement en évoquant… son chat ! Car c’est lui qui l’attend, et là, elle se met à susurrer « oh, que j’ai hâte de le revoir, ça fait une semaine, oh le pauvre chou. Il va me lécher le visage, on va se faire des papouilles ! ». Autant dire que l’image de la meuf warrior en a pris un coup dans l’aile (enfin dans la patte). Puis soudain, elle réalise qu’on ne l’a pas vu, son minou tout chou, et ouvre son portable à clapets, me le glisse sous le nez (alors que je tente de me concentrer vu que j’arrive dans une ville, et que les villes, j’aime pas trop ça) en criant presque (et en couvrant la voix de Thomas) « regardez Agnès, là, il est sous un parapluie, il est trop chou non ?… Ah, pardon, je vous dérange vous conduisez ! ». Ah quand même, elle se rend compte que je galère là. « Je peux vous indiquer la route si vous voulez, je connais bien ! ». Euh non, ça va aller Rosalie, je préfère mon gps, il a une voix qui me calme, et contrairement à toi, il n’aime pas les chats et ça me rasure.

Bon, je retrouve mon calme et mon assurance légendaires, et j’arrive à positionner la voiture quasiment sous les fenêtres de notre air b n b (bon, un peu par hasard mais quand même). Rosalie, en bonne covoitureuse, m’applaudit et me félicite « quand même, c’est super fort ce que vous avez fait, vous avez conduit plus de 10 heures, toute seule, bravo Agnès ! ». Alors là, je kiffe, hé ouais, moi aussi, je suis une warrior !

 

Arrivée à Bayonne, le dimanche soir ! Une suite à lire lors du prochain épisode. Est-ce que vous aussi, vous avez eu des covoitureurs hauts en couleurs ? Comme Rosalie, que je remercie, car grâce à elle, je ne me suis pas endormie !

 

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Août 2018

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