L’art de se perdre

lart-de-se_perdreCet été, on est donc partis en road trip en Espagne et au Portugal. Road trip… en C3, à trois, avec du matos de camping, une mini-glaçière, et même une Rosalie »Blablacar » à l’aller qui nous a fait laisser quelques bagages importants (dont mon duvet !!) pour lui laisser un peu de place. Bref, j’avais très envie de vous raconter notre voyage, en commençant par le retour, parce qu’il est souvent le grand oublié des récits. Alors voici, notre épopée du retour, qui vous donnera sans doute envie… de prendre l’avion 😉

L’été, c’est le moment de lire, ou de terminer des livres entamés à la saison froide, de ceux qui ont refroidi sur le coin de la table de nuit, à minuit. Alors au début de l’été, j’ai enfin terminé « L’art de perdre », le sublime roman d’Alice Zéniter. Il m’a donné l’envie, de moi-aussi renouer avec ce pavé effacé de mon histoire. Puis, j’ai terminé un autre livre, qui s’appelle « L’art d’aimer », d’Erich Fromm, tout un programme. Assez âpre d’accès au final l’amour ben c’est pas gagné. Coïncidence ou pas, sur la route du retour, je me suis trouvée experte dans l’art de me perdre. Ou à demi-mots, dans l’art de la loose. Car malgré la présence de mon précieux Thomas, toujours prompt à m’indiquer, de sa voix mesurée, à quel moment je dois me décaler vers la gauche, dans combien de mètres dois-je « prendre le rond-point, troisième sortie, en direction de Vitoria Gas Teiz », et bien, même avec lui, j’ai trouvé le moyen de me perdre. Ou plutôt d’interpréter -mal- ses directives, de m’engager à la mauvaise sortie, celle juste avant, ou de ne pas vouloir le suivre quand il me disait de faire demi-tour immédiatement, de son air sûr de lui. « Non mais oh, ça va pas non ? » Ben oui, Thomas ne pouvait pas savoir qu’il y avait une déviation. En tout cas, une chose est sûre, si j’avais eu une carte + Thomas, jamais je ne me serai perdue autant lors du voyage retour. Et un peu de connexion aussi, car, comme le soulignait Lulu « on est pas grand chose sans connexion ». On a pu le vérifier.

De Vittoria Gasteiz, capitale ultra géante du pays Basque, en passant par Irun et ses péages à 2 balles (ou plutôt 1 kilomètre = 1 euro), Biarritz, sa jeunesse dorée, ses hôtels cinq étoiles et ses quartiers résidentiels plein de voies sans issues (bonjour les demi-tours moisis en pleine nuit), ou en remontant jusqu’aux portes de Bordeaux, sur une nationale qui se transforme en autoroute (merci Thomas, une fois de plus, on a pas dû se comprendre sur ce coup là…), j’ai pu, grâce mon art de me perdre, avec ou sans gps, découvrir tout au long de cette interminable nuit du retour, ronds-points, quartiers résidentiels, hôtels qui font peur des zones commerciales, inaccessibles (elle est où l’entrée ?? Bon on fait demi-tour, tant pis), aéroport (oui, on a aussi atterri dans un aéroport !), motels des nationales, ambiance cité dortoir mais où on a pu capter un peu de connexion, c’est déjà ça, successions de zones semi-urbaines, avec des magasins improbables, concessions automobiles ou funéraires, aires d’autoroutes avec des égarés de la route, qui comme nous, se sont résignés à s’entortiller d’un plaid pour voler quelques heures de sommeil à cette drôle de nuit.

Une nuit à se perdre, à remonter le pays de haut en bas, une sorte d’épopée moderne en C3 qui avait commencé à Porto, la veille… et qui après tant de déboires, s’est terminée le lendemain, avec l’aube après Bordeaux et les bouchons de Nantes à midi. Une journée de 28 heures, une journée folle, une nuit de perdue, dix routes retrouvées pour arriver un matin à midi et enfin savourer l’art de rentrer…

Août 2018

3 réflexions au sujet de « L’art de se perdre »

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